Réparer les vivants de Maylis de Kerangal

Maylis-de-Kerangal-Reparer-les-vivantsJ’avais envie d’aimer l’ouvrage de Maylis de Kerangal, tant les critiques avaient été dithyrambiques, tant les entretiens avec l’auteure reflétaient une parfaite humanité, une humanité que l’on aspire à rencontrer, à vivre pleinement au sein du roman. Et pourtant Réparer les vivants m’a laissé à distance, voire je me suis senti seul en me plongeant dans ce récit.

ll y a bien une intention louable qui se dégage du livre de Maylis Kerangal, celle de présenter aux lecteurs toute la dimension humaine du don d’organe. En effet, à travers cette famille dont le fils a été victime d’un accident se dégage une problématique inextricable, le choix le plus épouvantable qui puisse être donné à des parents : offrir la vie à d’autres personnes à partir des organes de son propre enfant. Lire la suite

Le Voyage dans le passé nouvelle inédite de Stefan Zweig

zweig-voyage-dans-le-passe1Il est toujours saisissant que réapparaisse des méandres du temps un manuscrit oublié de l’un des auteurs qui fut autrefois le plus traduit au monde. Cette nouvelle qui émerge ainsi de l’histoire aurait été terminée en 1929, époque très prolifique pour Stefan Zweig. Parue dans l’édition des œuvres complètes de Zweig en allemand, Le Voyage dans le passé était resté inédit en français.

Placé sous le signe du « Colloque sentimental » de Verlaine, Le voyage dans le passé est une histoire d’amour, une variation autour des motifs empruntés au Rouge et le Noir et à L’Éducation sentimentale, où les thèmes chers à l’écrivain autrichien s’achoppent à cette liberté détenue par les conventions sociales.

Louis, jeune homme qui se bat pour s’affranchir de la misère, est engagé comme secrétaire particulier dans une famille de la haute bourgeoisie. C’est au moment où son employeur lui offre de partir au Mexique pour gérer ses affaires, et gagner par voie de conséquence une importante promotion, qu’il prend conscience de ses sentiments. En effet, Louis s’est follement épris et comprend devant le portrait de l’épouse de son employeur toute l’attirance qu’il éprouve pour cette femme.

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L’étoile du soldat, dernier combat de Christophe de Ponfilly

L'étoile du soldat« J’ai envie d’imaginer sa ville », ainsi débute le récit de Nikolaï que le destin avait voué aux terres afghanes. Ainsi, s’ouvre la vie nouvelle de celui qui deviendra Ahmad au côté des moudjahidin.

Peu avant sa mort, Christophe de Ponfilly avait choisi de raconter l’un de ses reportages en Afghanistan en se focalisant sur le souvenir de ce soldat russe rencontré dans les montagnes du Panjshir. Nikolaï, jeune homme nourri de musique et roué de coups, comme ses parents, par la machine soviétique avait pourtant cru défaire le destin qui le liait à la guerre. Mille roubles auraient suffi pour le rayer des listes des appelés, mille roubles donnés à un colonel pour lui acheter une autre vie. Mais « l’armée fera de lui un homme », pense sa mère.

Alors, il ira … au milieu des « dingues », où des fous en liberté gèrent leur ennui, leur peur, en cognant sur des bleus, quand dans le meilleur des cas ils ne les assassinent pas. Le récit prend aux tripes, saisit par la brutalité, la bassesse humaine qui s’y jouent avec tous ces êtres inutiles qui tuent pour exister. A quel camp se vouer, sous quels feux se lover ? Les Russes tuent, violent. Les fondamentalistes saoudiens, iraniens, pakistanais sont venus eux aussi éventrer les chants des poètes afghans, mais avec des armes américaines.

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