La mort nous va-t-elle si bien ?

Richard Harris

En reprenant les philosophes stoïciens, Montaigne écrivait « Apprendre à mourir c’est apprendre à vivre ». Il faudrait donc avoir conscience de la condition même de l’homme, c’est-macabre exposition 5à-dire son caractère éphémère, pour commencer à appréhender la vie dans le bon sens. C’est sous ce prédicat de la résignation à la mort que l’exposition du collectionneur américain Richard Harris s’ouvre. Continuer de lire « La mort nous va-t-elle si bien ? »

Publicités

La statue de Lénine… sous un autre angle

show_image_npadvsinglephotoCurieux, comme une statue prise sous un autre angle peut révéler des formes pour le moins insolites. Un photographe amateur russe s’est pris de passion pour les anciennes statues de Lénine et les a prises sous toutes les coutures pour montrer que ces statues recèlent d’équivoques protubérances. Ainsi, la main de l’ancien dirigeant communiste peut revêtir des aspects multiples selon l’endroit où le photographe se place ; il en va de même pour le bâton que tient Lénine, accessoire obligé du guide conduisant son peuple vers la liberté. Les artistes communistes qui avaient le sens du réalisme avaient-ils perçu ces étranges phénomènes au moment de fixer pour l’éternité la force de Lénine ? Continuer de lire « La statue de Lénine… sous un autre angle »

Saisies de vies : photographies d’Anthony Suau sur les victimes des Subprimes

anthony-suau-subprimesSelon l’adage juridique du XVIIe, « le mort saisit le vif », ce qui signifie que l’héritier est investi sans délai des biens du défunt. Pour des milliers d’Américains qui subissent de plein fouet la crise des Subprimes, le seul héritage laissé aux enfants pourrait bien être une profonde déchéance sociale. Le photographe Anthony Suau saisit par ses instantanés les lendemains de cette crise qui transforme une famille de propriétaires en une famille vouée à l’errance.

L’artiste américain nous entraine aux côtés de l’inspecteur Robert Kole chargé de vérifier que les anciens occupants de ces demeures ont bien déguerpi. Ces maisons ne constituaient pas qu’un simple toit pour des milliers d’Américains, elles étaient le symbole d’une progression sociale, la possibilité de vivre dignement, même sans avoir des revenus importants. Le tort de ces gens est d’avoir cru que le capitalisme réaliserait leurs rêves sans contrepartie, sans hypothéquer leur propre vie. Continuer de lire « Saisies de vies : photographies d’Anthony Suau sur les victimes des Subprimes »

Obama et la Palestine: l’axe des regards

barack-obama-palestine-laxe-regards-L-1Les mains arrimées aux Kalachnikovs reposent sur les genoux des combattants et semblent prêtes à repartir au combat, à entraîner ces militants du Hamas vers un nouvel affrontement avec l’armée israélienne. Pourtant les yeux des soldats palestiniens, enfermés sous leurs cagoules, sont rivés à cette télé, captifs du nouvel hôte de la Maison blanche.

 L’axe du mal s’est effondré avec l’ancien prêcheur, place à la parole de ce président qui prône la pacification. Tout est dans le regard, les yeux de ces visages camouflés s’inscrivent dans la même ligne, le même axe que celui d’Obama. D’ailleurs, la position artificielle de ces militants, disposés en biais pour regarder la télé, prolonge le regard d’Obama dans les yeux de ces militaires. On croirait que le président des Etats-Unis ne s’adresse qu’à eux, ne parle que pour les Palestiniens et dessine désormais l’axe d’une entente nouvelle. Continuer de lire « Obama et la Palestine: l’axe des regards »

Le Voyage dans le passé nouvelle inédite de Stefan Zweig

zweig-voyage-dans-le-passe1Il est toujours saisissant que réapparaisse des méandres du temps un manuscrit oublié de l’un des auteurs qui fut autrefois le plus traduit au monde. Cette nouvelle qui émerge ainsi de l’histoire aurait été terminée en 1929, époque très prolifique pour Stefan Zweig. Parue dans l’édition des œuvres complètes de Zweig en allemand, Le Voyage dans le passé était resté inédit en français.

Placé sous le signe du « Colloque sentimental » de Verlaine, Le voyage dans le passé est une histoire d’amour, une variation autour des motifs empruntés au Rouge et le Noir et à L’Éducation sentimentale, où les thèmes chers à l’écrivain autrichien s’achoppent à cette liberté détenue par les conventions sociales.

Louis, jeune homme qui se bat pour s’affranchir de la misère, est engagé comme secrétaire particulier dans une famille de la haute bourgeoisie. C’est au moment où son employeur lui offre de partir au Mexique pour gérer ses affaires, et gagner par voie de conséquence une importante promotion, qu’il prend conscience de ses sentiments. En effet, Louis s’est follement épris et comprend devant le portrait de l’épouse de son employeur toute l’attirance qu’il éprouve pour cette femme.

Continuer de lire « Le Voyage dans le passé nouvelle inédite de Stefan Zweig »

L’étoile du soldat, dernier combat de Christophe de Ponfilly

L'étoile du soldat« J’ai envie d’imaginer sa ville », ainsi débute le récit de Nikolaï que le destin avait voué aux terres afghanes. Ainsi, s’ouvre la vie nouvelle de celui qui deviendra Ahmad au côté des moudjahidin.

Peu avant sa mort, Christophe de Ponfilly avait choisi de raconter l’un de ses reportages en Afghanistan en se focalisant sur le souvenir de ce soldat russe rencontré dans les montagnes du Panjshir. Nikolaï, jeune homme nourri de musique et roué de coups, comme ses parents, par la machine soviétique avait pourtant cru défaire le destin qui le liait à la guerre. Mille roubles auraient suffi pour le rayer des listes des appelés, mille roubles donnés à un colonel pour lui acheter une autre vie. Mais « l’armée fera de lui un homme », pense sa mère.

Alors, il ira … au milieu des « dingues », où des fous en liberté gèrent leur ennui, leur peur, en cognant sur des bleus, quand dans le meilleur des cas ils ne les assassinent pas. Le récit prend aux tripes, saisit par la brutalité, la bassesse humaine qui s’y jouent avec tous ces êtres inutiles qui tuent pour exister. A quel camp se vouer, sous quels feux se lover ? Les Russes tuent, violent. Les fondamentalistes saoudiens, iraniens, pakistanais sont venus eux aussi éventrer les chants des poètes afghans, mais avec des armes américaines.

Continuer de lire « L’étoile du soldat, dernier combat de Christophe de Ponfilly »