Photographies de Mira Nedyalkova ou la beauté immergée

La découverte de corps plongés dans l’eau, de femmes suspendues dans cet espace baigné de feuilles, de racines, de fleurs et de sang, laisse une impression pour le moins troublante. On est saisi par tant d’esthétisme et on ne peut se défaire de la dimension inquiétante de ces images.

Mira Nedyalkova-Photo-1La photographe Mira Nedyalkova compose des univers aquatiques où les corps semblent endormis quand ils ne perdent pas la vie. L’air et le sang remontent à la surface, tandis que ces femmes aussi belles soient-elles, gagnent les profondeurs. Pourtant, l’artiste bulgare se défend(1) de présenter un quelconque élan mortuaire : la pulsion de vie s’exprime autant par la beauté que par la douleur, semble-t-elle, nous dire. Et l’eau devient l’élément qui connecte les pulsions pour constituer l’essence même de la beauté de la vie. Certaines séries de photos viennent corroborer les propos de l’artiste en rompant cette impression d’irrémédiable enfouissement, en laissant le corps dans un entre-deux, le corps assailli de désirs se livrer au calme absolu, le corps accueillir un au-delà de l’être. Continuer de lire « Photographies de Mira Nedyalkova ou la beauté immergée »

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Recréer la démocratie française

Pour reprendre les mots de l’artiste et penseur allemand Joseph Beuys, il faut mettre un terme à la dictature des partis politiques, effacer les représentants d’un état sclérosé et stérile qui ne se nourrit plus que de lui-même. Le sondage du journal Le Parisien vient rappeler, s’il était nécessaire, la terrible lassitude des Français à l’endroit des élus de notre pays. Amer constat, les élus ne représentent plus qu’eux-mêmes et ne servent plus qu’eux-mêmes dans leur course au pouvoir et au maintien dans les hauteurs de leur caste d’héritiers.

joseph-beuyss-quotes-2.jpgLa population française n’est pourtant pas habitée par la pensée marxiste, mais le regard porté sur nos élites prétendues, est à ce point terrible, que même presse, pourtant peu encline à la dissidence, s’en fait l’écho. Le rejet de François Hollande autant que celui de Nicolas Sarkozy (1) devrait bousculer l’échiquier politique, mais il n’en sera probablement rien, tant les deux principaux partis tiennent désormais la démocratie française, ou du moins ce qu’il en reste, par le biais de petits arrangements qui leur permettent de maintenir l’alternance droite-gauche(2). Continuer de lire « Recréer la démocratie française »

Mona Hatoum ou l’expression de l’inquiétante étrangeté

Un calme surprenant nimbe l’exposition consacrée à Mona Hatoum au Centre Pompidou. Les visiteurs semblent comme interrompus dans leur marche, fixés devant ces espaces blancs, ces bandes noires qui délimitent les oeuvres de l’artiste d’origine palestinienne. Un écran ouvre l’exposition sur une bouche mâchurée qui récite en anglais des élans logorrhéiques. Une impression d’immersion, mais aussi de perdition vous gagne face à la carte de la Palestine, dessinée dans un alignement de savons, de frontières brisées, renvoyant aux accords internationaux que le gouvernement israélien transgresse.

Mona Hatoum2Les objets du quotidien sont transpercés de vis, transformés pour donner naissance à un réel inquiétant. L’acmé de cette altération, de ce que nos sens nous donnent à envisager comme réel, s’opère devant cette cuisine baignée par le bruit d’une chaise électrique. Les objets s’allument, s’électrifient dans un grésillement intense et morbide, fixant cette cuisine entre des bornes, des câbles sous tension d’une prison.  Continuer de lire « Mona Hatoum ou l’expression de l’inquiétante étrangeté »

Clara s’en va mourir, un film déchirant d’humanité

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Clara compose le monde à la manière d’une pièce de théâtre, mais le jour où on lui annonce que son cancer est incurable, la force du réel s’impose à elle dans une humanité déchirante. Loin des poncifs où le héros met en scène sa rédemption au travers de son départ, le film de Virginie Wagon, diffusé sur Arte, soulève avec brio le droit à mourir dignement. La diva jouée magnifiquement par Jeanne Balibar, demeure avec ses caprices, sa jalousie, sa petitesse égocentrique et redevient fragile uniquement face à cet enfant qu’elle élève seule, dans sa solitude de star adulée. Continuer de lire « Clara s’en va mourir, un film déchirant d’humanité »

Titi Robin, la musique par-delà les frontières

Titi Robin TaziriUn album de Titi Robin s’admire comme une grande transhumance à travers ce que l’humanité a de plus riche : sa capacité à trouver l’harmonie entre les peuples. Le musicien, classé au rang des Musiques du monde, mélange avec un rare brio les cultures musicales autour de compositions qui vous emportent par-delà les frontières. Cette association avec Medhi Nassouli, chanteur et joueur de guembri, s’inscrit dans la même perspective, en amenant l’auditeur vers des espaces géographiques traversés par des harmonies riches qui s’associent les unes aux autres et se complètent. Continuer de lire « Titi Robin, la musique par-delà les frontières »

Bassin d’Arcachon, enfouissons les derniers stigmates de la Seconde Guerre

Bunker marin à la Pointe du Cap-Ferret ©
Bunker marin à la Pointe du Cap-Ferret ©

En parcourant la plage de la Pointe du Cap-Ferret, on y découvre ces vestiges enlisés, ces forteresses autrefois juchées sur les dunes. Les coquillages s’y abritent et des floraisons de petites moules se dessinent en grappes sur les tranches caillouteuses de ces constructions auxquelles la population locale a autrefois participé.

L’édification de ces monticules qui s’étalent sous les vagues soulève encore une gêne chez les personnes qui ont contribué à l’édification de ces bunkers. Engagés de force durant le S.T.O. ou parfois engagés volontaires, les anciens témoignent à visage découvert, racontant comment ils rajoutaient du sable au béton pour les rendre moins solides ou comment les Allemands étaient au fond assez « sympathiques ». Impossible de juger une époque, sans comprendre que la population vivait au contact des soldats allemands venus se reposer au Cap-Ferret après avoir combattu sur le front de l’Est. Les mois puis les années s’écoulaient et les Ferret-capiens avaient fini par se persuader que l’occupant allait s’installer durablement. Fils et filles de pêcheurs et d’artisans n’avaient que peu ou pas de contact avec la résistance, seuls quelques-uns réussissaient à faire sortir des bribes d’informations, des cartes, mais l’essentiel de la population subissait et tentait de survivre quand une poignée collaborait allègrement. Continuer de lire « Bassin d’Arcachon, enfouissons les derniers stigmates de la Seconde Guerre »

Summer, ou la lumière délicate d’un amour d’été

277308.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLes images sont belles, les corps le sont tout autant, et c’est un peu l’essence même du film de la réalisatrice Alanté Kavaïté. Summer est un amour d’été qui se décline dans les paysages lituaniens embellis sous les compositions de lumière. Le film offre au spectateur l’expression d’une orientation sexuelle qui s’assume entre deux jeunes filles à la délicate candeur. L’une au physique de brindille qui se taillade les bras au compas et l’autre à la sensualité assumée qui sublime le réel par l’art. Continuer de lire « Summer, ou la lumière délicate d’un amour d’été »

Hide-and-seek de Clara Abi Nader ou le corps enserré dans les espaces

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La photographe Clara Abi Nader associe un jeu de cache-cache à une sublimation de son corps au cœur de Paris.

Les photos de Clara Abi Nader traversent la rue, pénètrent l’environnement dans lequel l’artiste a évolué, dans lequel l’artiste s’est dissimulée. Et ces rues parisiennes semblent soudainement hantées, traversées par l’image d’elle-même. Clara Abi Nader  raconte son passage, sa solitude sublimée en introspection artistique, cette époque qui l’avait vue devenir la « voyeuse d’elle-même ».Hide_and_Seek___AbiNader.Clara.08

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« Parkourir » Gaza

Loin de la tradition ruiniste, loin des inspirations romantiques autour des vestiges, ici seule la vie s’émeut.

Des enfants traversent l’espace, courent, parcourent les restes d’immeubles et de gaza Parkourrues. Dans ce paysage apocalyptique, la vie survit, l’élan se poursuit d’un mur à l’autre dans ces champs de ruines et de bombes. Les photos de Mohammed Salem à Gaza saisissent ses jeunes qui évoluent dans cet univers à l’urbanisme éventré,  Continuer de lire « « Parkourir » Gaza »

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal

Maylis-de-Kerangal-Reparer-les-vivantsJ’avais envie d’aimer l’ouvrage de Maylis de Kerangal, tant les critiques avaient été dithyrambiques, tant les entretiens avec l’auteure reflétaient une parfaite humanité, une humanité que l’on aspire à rencontrer, à vivre pleinement au sein du roman. Et pourtant Réparer les vivants m’a laissé à distance, voire je me suis senti seul en me plongeant dans ce récit.

ll y a bien une intention louable qui se dégage du livre de Maylis Kerangal, celle de présenter aux lecteurs toute la dimension humaine du don d’organe. En effet, à travers cette famille dont le fils a été victime d’un accident se dégage une problématique inextricable, le choix le plus épouvantable qui puisse être donné à des parents : offrir la vie à d’autres personnes à partir des organes de son propre enfant. Continuer de lire « Réparer les vivants de Maylis de Kerangal »