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Burano, une île d’une humanité authentique !

À près d’une heure de Venise, l’île de Burano surgit dans le lointain comme une frontière colorée. On imagine depuis le vaporetto, les pêcheurs retrouvant leur route attirés par l’intensité des couleurs des maisons. La légende raconte que les femmes étaient chargées de peindre les maisons dans des teintes très voyantes, du moins si elles souhaitaient que leurs maris et leurs enfants rentrent au village. Autrefois, les couleurs du village étaient pourtant bien éloignées de celles qui nous apparaissent. Des teintes plus ocre existaient au XVIe siècle jouant sur des dégradés de rouge et de jaune. Ce n’est qu’au fil des siècles que les pigments d’origine minérale ont cédé la place à des peintures non organiques. 

Le village de Burano est désormais repeint chaque année et revêt des aspects joliment photoshopés combinant des couleurs joliment tape-à-l’oeil, avec des mauves, des rouges et des verts très intenses. Les autorités locales entendent maintenir la légende, celle des pêcheurs hantant les brumes en plein hiver, à la recherche de poissons, et n’ayant que pour seule boussole, la couleur de leurs maisons.  

On ne pénètre pas à Burano pour y contempler seulement des maisons, des canots ou bien un campanile qui défie les lois de l’équilibre, à l’instar de la Tour de Pise, mais aussi pour admirer ces précieuses dentelles qui firent autrefois la fierté de l’île. Les cours européennes s’étaient prises d’engouement pour le savoir-faire de ces femmes qui auraient appris en reprisant les filets de leurs maris, une technique parfaite du point à l’aiguille. Les dentellières se font désormais bien rares, même si les guides vous orientent vers quelques adresses bien touristiques. Il faut admettre, et ce malgré l’effort des autorités locales pour maintenir l’illusion, que la dentelle artisanale s’est évanouie face à la machine et à la manufacture asiatique. Certes, le déclin avait commencé à s’opérer vers le XVIIIe siècle, plusieurs ateliers de dentelle ayant vu le jour en Europe, sur le modèle Burano, et il n’était plus nécessaire de la faire venir de si loin. De plus, la mode des vêtements composés de pièces de dentelle était laissée à l’aristocratie vieillissante. 

Alors que reste-t-il d’authentique dans ce village dont les couleurs constituent un maquillage moderne et la dentelle, autrefois artisanale, est acquise à la machine ? Probablement plus grand-chose, hormis les quelque 4000 habitants qui se maintiennent dans leurs traditions et qui subissent avec un stoïcisme incroyable ces hordes de touristes qui débarquent du monde entier et envahissent tous les espaces, comme s’il s’agissait d’un parc à thème. 

On demeure admiratif devant ces personnes qui poursuivent leur conversation de rue, échangeant de maison à maison, étendant leur linge au visage des preneurs de selfies. L’authenticité persiste bel et bien au travers de l’humain et n’a probablement que très peu changé depuis des siècles. 

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