Migrant ou réfugié ? Comment peut-on être Syrien en Europe ? (1/3)

À l’heure où l’Europe se replie, où les oubliés du libéralisme en appellent aux partis d’extrême droite par dépit et rejet des personnalités politiques traditionnelles, nous avons voulu donner la parole aux réfugiés dont on parle tant, mais qui s’expriment si peu…

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Bettina Rheims ou l’humanité paradoxale envers les détenues

Bettina Rheims detenue

Photo : Bettina Rheims

La photographe Bettina Rheims s’est attachée à faire le portrait de femmes incarcérées. Elle explique que son projet était de rendre compte de la « vie quotidienne des femmes » et la manière dont elles « préservaient leur féminité » en prison. Le livre publié aux Editions Gallimard est préfacé par l’ancien Garde des Sceaux, Robert Badinter. L’ancien ministre et avocat, écrit que grâce à Bettina Rheims, ces femmes ont pu retrouver leur « singularité » et briser ainsi « l’uniformité dans laquelle la vie carcérale plonge les détenues ». 

Sans remettre en question les propos de Robert Badinter, ni douter de sa connaissance du milieu carcéral, on ne saurait ne pas s’interroger devant une telle assertion qui semble omettre plusieurs éléments. 

Ces femmes ont été prises en photo parce qu’elles sont détenues et c’est leur statut même de personne détenue qui a suscité l’intérêt de la photographe.  Alors, est-ce qu’exposer ces visages aux yeux de ceux qui jouissent de la liberté, c’est redonner une présence à celles qui ont été mises à l’écart de la société pour purger une peine de prison ?  Lire la suite

Burano, une île d’une humanité authentique !

À près d’une heure de Venise, l’île de Burano surgit dans le lointain comme une frontière colorée. On imagine depuis le vaporetto, les pêcheurs retrouvant leur route attirés par l’intensité des couleurs des maisons. La légende raconte que les femmes étaient chargées de peindre les maisons dans des teintes très voyantes, du moins si elles souhaitaient que leurs maris et leurs enfants rentrent au village. Autrefois, les couleurs du village étaient pourtant bien éloignées de celles qui nous apparaissent. Des teintes plus ocre existaient au XVIe siècle jouant sur des dégradés de rouge et de jaune. Ce n’est qu’au fil des siècles que les pigments d’origine minérale ont cédé la place à des peintures non organiques. 

Le village de Burano est désormais repeint chaque année et revêt des aspects joliment photoshopés combinant des couleurs joliment tape-à-l’oeil, avec des mauves, des rouges et des verts très intenses. Les autorités locales entendent maintenir la légende, celle des pêcheurs hantant les brumes en plein hiver, à la recherche de poissons, et n’ayant que pour seule boussole, la couleur de leurs maisons.   Lire la suite

Au bonheur du vin dans le Bordelais !

Pourquoi continue-t-on d’acheter le vin d’un producteur quand on sait que celui-ci répand des pesticides en pleine journée sans se soucier des enfants qui se trouvent dans l’école attenante à son champ ? 

Les viticulteurs bordelais poursuivent leur épandage avec l’accord des autorités et l’on intime désormais l’ordre aux enfants de ne plus sortir en récréation de peur d’un empoisonnement généralisé (1). L’inspection académique a même donné son accord à la privation de récréation, ce qui constitue une absurdité quand on connait la dangerosité de ces produits et leur caractère volatile. Maintenir les enfants dans une salle ne saurait les préserver de la nocivité des pesticides, mais pourrait éviter une hospitalisation pour intoxication comme cela s’est déjà produit en Gironde.   Lire la suite

Männin un film de Mika’ela Fisher

La femme ne serait-elle qu’une part de l’homme, ainsi s’interroge Mika’ela Fisher dans son court-métrage ? Artiste protéiforme, capable de constituer avec ses mains des robes de haute couture, faites avec les plus belles étoffes, Mika’ela Fisher est aussi réalisatrice, mannequin et productrice. Son film, Männin, est une variation autour de la faute originelle, composée dans un univers flou et paradisiaque où les corps se mélangent tout autour d’un arbre à la musculature généreuse. D’abord séductrice avec son rouge à lèvres, cette femme qui ne serait finalement qu’un morceau de cette côte d’Adam devient tour à tour provocante et douée d’une sagesse réflexive. Le mélange des langues, le film passant de l’allemand au français, fait converger l’ensemble vers une allégorie universelle autour de la place de la femme dans la société occidentale.  Lire la suite

L’illusion de Dante

Photography Laurent Monserrat

En tournant autour de cette statue du Musée des Beaux-Arts de Nancy, l’illusion de Dante m’est apparue. Je voyais des ombres errantes se projeter sur les tableaux fixés dans son dos. Pourtant, nul Virgile en cet espace ! Seule cette figure aux yeux baissés, sur laquelle planait une intense lumière. L’inclinaison de son regard trahissait une conscience. Il émanait de ces toiles des esprits en mouvement, des esprits qui s’ébattaient par-devers elle.

Je me mis à chercher le flou pour clarifier les formes, fixant le regard de la statue, laissant aux courbes colorées la liberté de s’étendre. J’étais certain que les vies rencontrées dans la Divine comédie feraient leur apparition. Le resserrement de l’objectif détacherait les êtres qui traverseraient les Enfers, intensifierait leur chair sous ce halo de soufre en incandescence.

La photo imprimée allait me permettre d’effleurer plus encore le grain de leur corps, la force persistante de leur vie. J’allais retrouver les figures surgissantes des peintures de Gustave Doré, les corps accrochés, les regards pétrifiés de Dante et son compagnon dans le neuvième cercle de l’enfer. Mais en mettent côte à côte ma photo et l’illustration de Doré, je ne vis rien de ce que je pensais trouver, pas la moindre filiation… J’avais rêvé ce tableau en l’imaginant au cœur de ma photo et devais me rendre à la raison, ma mémoire m’avait trompé. Tout n’avait été qu’illusion d’une mémoire imprécise.

J’avais entrepris au travers de cette photo, de renouer avec une impression, un souvenir artistique et me retrouvais avec une image sans liens avec ce que ma conscience m’avait laissé croire. J’avais été berné, poussé de surcroit à tenter de saisir quelque chose que je semblais reconnaitre.

« J’aimais ce passé, car je l’y reconnaissais », écrivait Romain Rolland. On aime, on cherche ce que l’on croit reconnaitre, ce qui fait écho en nous. On cherche en l’autre et en l’œuvre, cette part de soi, cette ombre personnelle, cette teinte et cette lumière en croyant renouer avec ce qu’il y a déjà en nous.

Ainsi, entre passion physique et passion artistique, il n’y a qu’un seul et même mouvement, celui qui nous pousse à créer l’autre, à projeter sur l’œuvre les émotions que l’on porte en soi, au point d’occulter la réalité, de recréer l’autre seulement à partir de notre part inconsciente.

Mais en photographiant une statue avec l’intime conviction de renouer avec une peinture, la déception n’est que de courte durée. En amour, une fois le filtre estompé, la déception est violente, physiquement étreignante, et vous conduit à errer longuement dans le purgatoire, le temps que vos yeux, si tant est qu’ils y arrivent, apprennent à voir que le réel n’est pas ce que votre inconscient vous dicte de voir.

Photographie L.Monserrat

La liberté des interstices

Photography Laurent Monserrat

Photographie © Laurent Monserrat

Figurer un homme derrière des barreaux, c’est implicitement l’enfermer, le priver de toute liberté de mouvement. L’homme inscrit dans cette perspective, se fige derrière un rideau de fer et renvoie à toute une conception de l’enfermement où le corps endure la faute, où le corps subit la pénitence, se dégrade, s’avilit dans sa cage de fer.

Figurer un chat derrière des barreaux, c’est constituer la liberté de mouvement dans l’entrelacement des interstices, laisser à l’animal le soin de s’y glisser, montrer à l’homme que son équilibre ne dépend pas de lui, mais bien d’une nature à laquelle nous ne saurions imposer une privation de liberté.

Figurer des barreaux devant un chat, c’est l’enivrer d’espaces contraints, provoquer son désir d’équilibriste, lui céder des intervalles délimitant des aires inaccessibles au corps de l’homme.

Figurer des barreaux, c’est contraindre le regard dans une réalité écrouée, une réalité où le chat ne saurait se fier à l’oeil humain. Figurer des barreaux, c’est penser le corps comme un moyen d’endurer, de souffrir, de racheter les fautes par sa dégradation. Figurer les interstices, c’est défaire ce que l’homme soustrait à ses semblables, c’est figurer son aspiration première à la liberté.

 

  • Remerciements : je remercie tout particulièrement la chatte de mes voisins d’accepter de se prêter au jeu de la pose photographique avec tant de naturel et de grâce.

 

Le jeu de la Ve République : du totem télévisuel au prophète présidentiel

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Entre Questions pour un Champion et l’émission politique de TF1 consacrée au débat pour les élections présidentielles, seules les teintes diffèrent.

Il est intéressant de voir la perception des enfants face aux élections qui occupent l’espace médiatique, des enfants confrontés à l’écoute quotidienne du totem télévisuel qui trône au centre même du salon. Les enfants s’énervent, reprennent le discours des parents sans comprendre et cherchent malgré tout à savoir ce qui relève du bien et du mal et qui, dans ces forces antagonistes, l’emportera lors de la bataille finale. La perception s’avère trouble et troublée par un espace médiatique qui aborde peu ou pas du tout, la vie des citoyens français. On entend des sujets généralistes, des affaires politiques, de la corruption devenue monnaie courante en France, et ce depuis des décennies et la vie des Français se réduit avec les candidats à la présidentielle à des échanges de bons mots qui n’ont aucune connexion avec le réel.  Lire la suite